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  • Les coûts sociaux du diabète de type 1


  • López-Bastida J, López-Siguero JP etc., Mise en ligne le

  • 30/10/2017


Dans une population pédiatrique de patients avec un diabète de type 1, les coûts liés à la mobilisation des familles sont 5 fois plus élevés que les coûts des soins de la maladie.

L’étude

L’étude CHRYSTAL (Etude des coûts et de la qualité de vie liée à la santé des patients pédiatriques présentant un diabète de type 1) est une étude observationnelle multicentrique et transversale conduite chez des enfants de 0 à 17 ans pris en charge dans le système de santé espagnol. L’enquête conduite en 2014 comportait deux questionnaires complétés l’un par les spécialistes et l’autre par un aidant principal de l’enfant.
Le questionnaire pour les aidants comprenait des items sur l'utilisation du matériel et des fournitures médicales liées au diabète (glucomètres, pompes, capteurs de surveillance de la glycémie, lancettes, bandelettes), les visites aux fournisseurs de soins privés, les données sociodémographiques sur les aidants (âge, sexe, niveau d'éducation, emploi), les dépenses supplémentaires liées au diabète (transport, nourriture et activités sportives), le temps consacré aux activités de surveillance du diabète par l’aidant principal et par les autres aidants, et les répercussions sur le travail des aidants associés aux soins informels.
Les soins informels comprenaient le temps quotidien consacré au contrôle glycémique, à l'administration d'insuline, à la préparation des aliments spéciaux et au temps passé pour les visites médicales et les déplacements vers les centres de santé, les tâches administratives et la surveillance du diabète.
Le coût des soins informels a été estimé en utilisant le coût d'un soignant professionnel comme indicateur des coûts fournis par les aidants naturels, considérant que si ces derniers ne fournissaient pas ces services, ils devraient être remplacés par un soignant professionnel. Les auteurs ont donc valorisés les temps passés par les aidants sur la base du salaire horaire officiel d'un aidant professionnel fourni par le Ministère de la Santé et des Politiques sociales. Afin de ne pas surestimer les coûts, les durées indiquées par les aidants ont été bornées à 8H par jour dans l’analyse principale (certains aidants faisant état de durée supérieure). Des analyses de sensibilité ont été conduites en considérant des durées supérieures.

Résultats

Les résultats sont édifiants. Les coûts directs des soins informels représentaient 85,1% du coût total moyen par patient (23 204 €). Les coûts directs moyens des soins de santé ont été estimés à seulement 4 070 € (14,9% des coûts totaux) pour un coût total de prise en charge de 27 274 €. Plus de 97% des coûts des soins informels correspondaient au temps consacré par les aidants très largement assumé par l’aidant principal.
Bien que non traduits en valeurs monétaires les conséquences sur le travail des aidants sont également considérables. 44,6% des aidants principaux ont indiqué que la prise en charge de leurs enfants leur avait causé des difficultés au travail. Parmi ceux-ci, 26 ont perdu en moyenne 21 heures de travail au cours de la dernière année (3,5 heures par jour sur 6 jours ouvrables en moyenne) et 42 ont indiqué avoir manqué au moins une journée de travail en raison de la garde d'enfants (4,5 jours en moyenne). En outre, 17 aidants sur 249 (7%) ont déclaré qu'ils avaient dû quitter leur emploi pour s'occuper de leurs enfants atteints de diabète.

Commentaire

En conclusion, les résultats de cette étude originale soulignent l'importance des conséquences économiques du diabète de type 1 d'un point de vue sociétal. Ils confirment que les coûts sociaux des maladies vont parfois très au-delà des seules dépenses de soins et sont trop souvent négligés quand il s’agit d’évaluer les programmes, stratégies ou politiques de promotion et de soins pour les patients diabétiques. On peut sans doute déplorer qu’aucune étude de ce type n’ait été conduite en France, mais on peut penser que des résultats similaires seraient retrouvés. Ils pourraient contribuer d’une part à justifier les investissements publics dans le domaine de la prévention et de la prise en charge du diabète et, d’autre part, à repenser la définition du panier de soins remboursés en France.

 

Article en question : López-Bastida J, López-Siguero JP, Oliva-Moreno J, Perez-Nieves M, Villoro R, Dilla T, Merino M, Jiang D, Aranda-Reneo I, Reviriego J, Vázquez LA. Social economic costs of type 1 diabetes mellitus in pediatric patients in Spain: CHRYSTAL observational study. Diabetes Res Clin Pract. 2017;127:59-69.

Lien vers l’article :

Les coûts sociaux du diabète de type 1 

 

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