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  • Diabète et dépression : les conséquences économiques des comorbidités


  • Par Dismuke CE. et Al., Mise en ligne le

  • 18/04/2016


En économie de la santé, un plus un ne font pas toujours deux...

Deux pathologies – Diabète et dépression

Le diabète et la dépression sont deux maladies avec une très forte prévalence en France comme aux États-Unis. Il s’agit également de deux maladies connues comme ayant des conséquences importantes sur les dépenses de santé. Une part non négligeable de patients sont concernés en même temps par les deux pathologies : environ 10% des patients diabétiques présenteraient une dépression sévère et le recours aux antidépresseurs a été estimé dans certains pays 3 fois plus élevé chez les patients diabétiques que chez les patients non diabétiques.

Une étude comparative américaine

Egede et al. ont analysé les données d’une large enquête annuelle de consommation de soins (Medical Expenditure Panel Survey (MEPS)) sur les années 2004-2011.

L’étude a porté sur les réponses de 147 095 personnes non institutionnalisées. Les diagnostics ont été établis à partir des réponses à l’enquête, codés par des professionnels et validés (moins de 2,5 % d’erreurs).

A partir de numéros identifiants individuels de santé, ces données sont reliées aux données de facturation fournies par les professionnels de santé. Les coûts ainsi établis ont été estimés pour les patients traités sur 4 périodes de 2 ans successives (tous les coûts ont été ramenés à la valeur 2014 du dollar américain :

  • pour dépression sans diabète (21 261 personnes) ;
  • pour diabète sans dépression (13 113) ;
  • ou pour les deux pathologies en même temps (3 709).

Quelles dépenses pour les patients ?

Les dépenses annuelles totales moyennes non ajustées de santé s’élevaient à :

  • 4 479 $ (IC 95 % :4 363- 4 595) pour les patients ne présentant ni diabète, ni dépression ;
  • 8 187 $ chez les patients avec une dépression sans diabète (IC 95 % :7 887-8 487) ;
  • 10 411 $ (IC 95 % :10 005-10 816) pour les patients avec un diabète sans dépression ;
  • et 17 585 $ (IC 95 % : 16 472-18 699) pour les patients avec les deux maladies.

De manière intéressante, l’étude montre que le coût moyen de prise en charge des patients est resté relativement stable entre 2004 et 2011, les dépenses des patients avec un diabète sans dépression ont eu tendance à diminuer (-6%) alors qu’elles ont augmenté légèrement pour les patients avec une dépression sans diabète (+5%).

La baisse observée dans le cas des patients diabétiques est surtout liée à une réduction des coûts hospitaliers alors que les dépenses de médicaments par exemple restaient relativement stables. Une analyse ajustée prenant en compte l’âge, le sexe, la race, le niveau de revenu, le niveau d’éducation, le statut marital, la couverture assurantielle, la région, l’existence de comorbidités et les tendances temporelles a été conduite sur les données poolées de la base.

Par rapport à des individus ne présentant ni diabète, ni dépression, le coût supplémentaire de la dépression a été évalué à 2 654 $ (IC 95 % : 2 343-2 966), celui du diabète à 2 692 $ (IC 95 % : 2 338-3 046), et celui de la présence conjointe d’une dépression et d’un diabète à 6 037 $ (IC 95% : 5 243-6 830).

En prenant en compte la prévalence de ces maladies, les auteurs ont estimé la consommation totale de soins annuelle des patients avec une dépression sans diabète à 238,3 milliards $, celle des patients avec un diabète sans dépression à 150,1 milliards $ et celle des patients avec les deux maladies à 77,6 $ milliards $.

Co-morbidité : quelles conséquences sur les coûts ?

Un des points intéressants de l’étude tient au fait que cette dernière montre qu’une comorbidité peut entraîner des coûts supplémentaires plus élevés que la somme des coûts associés avec chaque diagnostic pris isolément. Ce constat interdit donc d’additionner simplement les coûts des pathologies prises isolément comme cela a pu être fait dans différentes analyses dans le passé.

Un autre aspect important tient à l’évolution des résultats au cours du temps avec une baisse des coûts associés aux cas de diabète sans dépression et, inversement une augmentation des coûts de la dépression sans diabète.

Il y a là, à la fois, une illustration de l’amélioration des prises en charges dans le diabète (avec en particulier moins d’hospitalisations au cours du temps) mais également un exemple des difficultés qui peuvent se poser pour l’estimation des coûts associés à une pathologie du fait des comorbidités liées ou encore pour évaluer l’impact d’intervention ne portant que sur tel ou tel aspect d’un état de santé global.

Articles en question :

Egede LE, Bishu KG, Walker RJ, Dismuke CE. Impact of diagnosed depression on healthcare costs in adults with and without diabetes: United States, 2004-2011 J Affect Disord 2016;195:119-26.

Lien vers l’article : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0165032715313549

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