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  • Diabète et institutionnalisation des personnes âgées


  • Seuring T. et al, Mise en ligne le

  • 17/08/2017


Le diabète augmenterait le risque de dépendance et d’institutionnalisation des personnes âgées. Ce risque reste mal connu et il est souvent oublié dans les coûts de la maladie.

Contexte

L’augmentation du nombre de personnes âgées et l’accroissement des cas de diabète diagnostiqués et traités dans cette population soulève de nouvelles questions. Peu d’auteurs ont étudié les liens entre le diabète et les risques de dépendance ou d’institutionnalisation en Europe, alors que différentes études américaines ont montré que près du tiers des personnes âgées en établissement d’hébergement présentent un diabète.

Exploitation des données

Une équipe de l’université de Groningen aux Pays-Bas a exploité en ce sens les données de l’enquête SHARE (Survey of Health Aging and Retirement in Europe) conduite dans 19 pays Européens en plusieurs vagues successives entre 2004 et 2010 et sur plusieurs milliers de patients de 50 ans et plus dans chaque pays. Les auteurs ont construits différents modèles de régression à effets aléatoires afin de déterminer l’impact du diabète sur la probabilité d’être admis en établissement pour personnes dépendantes temporairement ou de manière permanente. Un premier modèle a été ajusté sur les caractéristiques démographiques ou socio-économiques (âge, statut matrimonial, niveau d’éducation, nombre d’enfants, emploi, niveau de revenu du ménage), sur les comorbidités chroniques non liées au diabète et le pays des patients. Un second modèle a pris en compte également les complications du diabète et deux autres modèles ont considérés de plus l’état fonctionnel du patient, les soins informels dont il bénéficie, et ses habitudes tabagiques (le tabac est un facteur de risque de non-institutionnalisation car les fumeurs ont une tendance à décéder avant de devenir dépendants). Sur la base de ces résultats les auteurs ont ensuite estimé la part des dépenses de soins de longue durée aux personnes âgées attribuable au diabète et à ses complications en utilisant une approche par estimation des fractions étiologiques. Tous les coûts ont été ramenés en dollars US 2010 en parité de pouvoir d’achat pour autoriser les comparaisons internationales.

Limite de l'étude

L’étude confirme que le diabète augmente le risque d'institutionnalisation. Toutefois cet effet est modeste si l’on isole l’impact du diabète de celui de ses complications cliniques et fonctionnelles. La présence d’un déficit fonctionnel chez certains patients diabétiques reste le déterminant majeur de l’institutionnalisation chez ces derniers. Dans l'ensemble, les coûts entraînés par ces institutionnalisations semblent faibles mais la méthodologie de l’étude ne prenant en compte que les cas incidents de passage en établissement pour personne âgée a pour conséquence de réduire nettement ces dépenses. En pratique, le risque de dépendance et d’institutionnalisation mis en avant dans les études antérieures américaines doit être relativisé et prendre en compte le fait que ce sont les déficiences fonctionnelles (en partie liées elles-mêmes au diabète) qui sont les déterminants les plus importants du risque. Les politiques de santé doivent donc viser à éviter l’apparition de ces déficiences autant que possible par une prévention active de ces dernières.

Articles en question

Rodriguez-Sanchez B, Angelini V, Fennstra T, Alessie RJM. Diabetes-Associated Factors as Predictors of Nursing Home Admission and Costs in the Elderly Across Europe. JAMDA 2017;18:74-82

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