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  • Evolution des coûts lors de la mise sous insuline


  • Par Dr Bruno Detournay et al., Mise en ligne le

  • 12/05/2017


L’augmentation des coûts des soins lors de l’initiation d’une insulinothérapie questionne sur les pratiques dans ce domaine.

Contexte

Deux publications en France et en Suède viennent de rapporter des travaux sur l’augmentation des coûts des soins observée au moment de l’initiation d’une insulinothérapie chez les patients diabétiques de type 2.

Méthodologie

Les méthodologies utilisées ont été similaires dans les deux analyses avec des comparaisons avant-après l’initiation portant sur l’ensemble des coûts de prise en charge liés ou non au diabète pour les patients inclus. L’analyse suédoise a porté sur une période s’étendant de 2 ans avant le début de l’insulinothérapie jusqu’à 7 ans après ce dernier. L’étude française a comparé les tendances évolutives observées sur les 3 années précédant la prescription initiale de l’insulinothérapie et l’année suivant cette dernière. L’étude suédoise a cependant inclus également une comparaison versus un groupe témoin apparié 2 années avant l’initiation sur l’âge, le sexe et le niveau d’HbA1c.

L’étude suédoise

Dans l’étude suédoise, le coût moyen annuel total des soins de santé est passé de 1 655 € par patient 2 ans avant l'initiation de l'insuline à 3 814 € sept ans après celle-ci. Près de la moitié de la hausse totale du coût annuel moyen des soins de santé a eu lieu au cours de la première année, après quoi les coûts ont continué à progresser. Tout au long de la période d'étude, les soins primaires représentaient la plus grande partie des coûts totaux de la santé (43-59%), suivis de près par l'hospitalisation (31-40%). Les coûts des soins primaires étaient particulièrement élevés un an après l'initiation de l'insuline, alors que les coûts d'hospitalisation augmentaient régulièrement au fil du temps. Le coût total des soins de santé par patient était nettement plus élevé dès l’année suivant l’initiation et toutes les années suivantes.

L’étude française

Dans l’étude française, le passage à l’insuline s’est accompagné d’une augmentation du montant moyen annuel de soins d’environ 5 025 € (3 650 € seulement en cas de traitement par insuline basale seule) pour atteindre 11 600 €/an l’année suivant l’initiation de l’insuline. Trois postes représentaient 89% de l’augmentation observée (hospitalisations +39%, soins infirmiers 39%, dispositifs médicaux 11%). L’augmentation était surtout importante chez les patients bénéficiant de soins infirmiers réguliers sur une longue durée (> 90 jours) après l’initiation et dans une moindre mesure chez les patients hospitalisés. L’augmentation des coûts hospitaliers observée un peu avant et après le passage à l’insuline résultait principalement de l’existence de complications et/ou de comorbidités possiblement à l’origine de la prescription d’insuline.
Globalement, tous schémas insuliniques confondus, l’augmentation des dépenses de soins après l’initiation de l’insuline ne concernaient que certains patients. Une courbe de concentration des coûts montre que 10% des patients représentaient 40% de l’ensemble des coûts dans l’année suivant la mise sous insuline et qu’inversement, 50% des patients ne représentaient que 20% des coûts globaux constatés dans la population étudiée.

Résultats

Si les deux études convergent pour constater une forte augmentation des dépenses de santé au moment du passage à l’insuline, elles ne s’accordent pas complétement sur la question de l’interprétation de ces résultats. Dans les deux études, l’augmentation des coûts ambulatoires est liée au suivi médical requis du fait de l’insulinothérapie auquel s’ajoute en France, les coûts importants résultant du recours parfois prolongés aux soins infirmiers pour des injections comme pour d’autres soins. En revanche l’augmentation des coûts hospitaliers qui surviendraient après l’initiation de l’insuline serait pour les auteurs suédois la conséquence possible des complications de l’insulinothérapie, alors que l’étude Française montre que cette augmentation débute avant l’initiation de l’insulinothérapie chez des patients déjà plus malades que les autres, et qu’elle est surtout en rapport avec des comorbidités ou des complications du diabète lui-même et non de son traitement.

Conclusion

En conclusion, si l’étude suédoise conclue en s’interrogeant sur l’efficience des traitements par insuline, l’étude française renvoie elle à la question pratique de l’organisation entourant la mise à l’insuline au moins pour certains groupes de patients et aux nécessaires progrès à accomplir dans ce domaine.

Conclusion

Hanaire H, Attali C, Lecointre B, Fraysse M, Gouet D, Babel MR, Charbonnel B, Sarkozy F, Gourmelen J, Detournay B, « Déterminants des coûts du passage à l’insuline en France chez le patient diabétique de type 2 : quelles pistes d’optimisation ? », Santé Publique, 6/2016 (Vol. 28), p. 781-789.
Kalkan A, Bodegard J, Sundström J, Svennblad B, Östgren CJ, Nilsson PN, Johansson G, Ekman M. Increased healthcare utilization costs following initiation of insulin treatment in type 2 diabetes: A long-term follow-up in clinical practice. Prim Care Diabetes. 2016 Nov 25. pii: S1751-9918(16)30122-X. doi: 10.1016/j.pcd.2016.11.002. [Epub ahead of print]

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