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  • Les plaies chroniques du pied : des coûts élevés qui pourraient être évités


  • Par Christopher J. Abularrage et Al., Mise en ligne le

  • 14/06/2016


Aux États-Unis, les séjours hospitaliers pour ulcère du pied entraînent un coût 10 fois plus élevé chez les patients diabétiques que chez les patients non-diabétiques.

Pied diabétique, un coût élevé

Les plaies chroniques du pied ont un impact important sur la morbi-mortalité et la qualité de vie des patients ainsi qu’un coût élevé pour la société.

Une part très importante de ces plaies est liée à l’existence d’un diabète et nécessite une prise en charge hospitalière.

Aux États-Unis, les dépenses induites par le traitement des ulcères de pied représenteraient, ainsi, 33 % des coûts directs liés au diabète, ces coûts étant en augmentation entre 2005 et 2010.

Si le nombre total d’admissions hospitalières pour les ulcères du pied est resté relativement stable sur la période, la part de ces hospitalisations liée au diabète a, quant à elle, augmenté significativement.

Une étude sur la situation aux États-Unis

Les auteurs de cette étude ont cherché à comprendre les raisons de cette situation. Une analyse rétrospective d’une base de données hospitalière américaine (la base NIS, Nationwide Inpatient Sample du HCUP, Healthcare Cost and Utilization Project), sur la période 2005 à 2010 a donc été conduite.

Tous les patients âgés de 18 à 99 ans et admis à l’hôpital pour un ulcère de pied en tant que diagnostic principal (codes CIM-9 : 440.23, 707.14–707.15) ont été identifiés dans la base de données.

Comparaison entre patients diabétiques et patients non-diabétiques

Les patients diabétiques ont été distingués des patients non-diabétiques. Les séjours pour ulcère du pied ont été analysés en distinguant le motif d’admission : infection, neuropathie, maladie vasculaire périphérique ou gangrène.

Les actes d’amputations des membres inférieurs réalisés au cours des séjours retenus ont été identifiés en séparant les amputations mineures des amputations majeures. Les patients pouvaient avoir plusieurs séjours pour ulcère du pied au cours de la période d’étude.

Les coûts d’hospitalisation exprimés en dollars US 2010 associés aux ulcères du pied ont été calculés au sein des deux populations et ont été comparés après ajustement sur plusieurs variables sociodémographiques et médicales.

Parmi les 962 496 hospitalisations pour ulcères de pied relevées sur les 6 années, 91,8 % concernaient des patients diabétiques, soit 11,2 fois plus d’hospitalisations que les patients non diabétiques. Les patients diabétiques étaient plus jeunes (64,8 ans vs 70,7 ans) et en moins bonne santé (10,8 % avaient un index de comorbidité de Charlson > 3 vs 5,8 %).

Chez les patients diabétiques, plus de la moitié (58,6 %) des admissions avaient pour cause une neuropathie périphérique alors que chez les patients non diabétiques, la principale cause d’admission était une maladie vasculaire périphérique (43,3 %). Dans les deux cas, la seconde cause d’admission était une infection sur ulcère (respectivement 30,8 % et 39,4 % des séjours). De manière intéressante, le nombre de séjours pour infection a fortement augmenté au cours du temps chez les patients diabétiques alors qu’ils sont restés stables chez les patients non-diabétiques.

Au total 82,9% des amputations majeures et 96% des amputations mineures observées sur les 6 ans de l’étude ont été réalisées chez des patients diabétiques. La proportion d’amputations majeures par séjour était plus faible chez les patients diabétiques que chez les patients non-diabétiques (2 % vs 4,6 %) alors que celle des amputations mineures était plus élevée (11,6 % vs 5,5 %).

Les analyses multivariées ont montré, après contrôle des caractéristiques des patients et des causes d’hospitalisation que les patients diabétiques hospitalisés pour ulcères du pied avaient un risque moins élevé de subir une amputation majeure (OR = 0,70) mais un risque plus élevé d’avoir une amputation mineure (OR = 3,27).

Coûts de l’hospitalisation

Après ajustement sur les caractéristiques des patients, le coût moyen d’une hospitalisation pour ulcère de pied a été estimé à 9 397$ (IC 95%, 9 350-9 445) chez les patients diabétiques et 9 794$ (IC 95%, 9 675-9 913) chez les patients non-diabétiques. Le coût total attribuable à l’ensemble des hospitalisations a été estimé chez les patients diabétiques à 8,3 milliards de dollars entre 2005 et 2010, représentant un coût annuel moyen de 1,38 milliards de dollars. Chez les patients non diabétique, les hospitalisations pour ulcère du pied ont été évaluées à 0,77 milliards de dollars sur la période 2005-2010 soit un coût annuel moyen de 0,13 milliards de dollars. Chez les patients diabétiques, le coût d’une hospitalisation sans amputation a été estimé à 8 465$, le coût d’une hospitalisation avec amputation mineure à 14 270$ et le coût d’une amputation majeure à 18 877$.

Cette étude considère uniquement les coûts directs liés aux hospitalisations pour ulcère de pied. Ces dépenses, déjà élevées, sont très sous-estimées car elles ne prennent pas en compte les autres coûts de prise en charge jusqu’à cicatrisation l’appareillage, la rééducation et les conséquences des handicaps et invalidités résultant dans certains cas de ces complications.

Conclusion

Si les coûts par séjour pour ulcère du pied apparaissent un peu moins importants chez les patients diabétiques que chez les patients non-diabétiques, la dépense collective liée à ces ulcères est 10 fois plus importante chez les patients diabétiques que chez les patients non-diabétiques du fait de la fréquence des évènements.

Ces coûts sont à imputer à plusieurs facteurs : les amputations, mais aussi les infections et enfin un taux de réadmission relativement élevé (34%). Sur la base de ces constats, les auteurs suggèrent qu’une prise en charge spécialisée multidisciplinaire des ulcères soit assurée au plus tôt en ambulatoire afin d’éviter les évènements évitables comme les infections et la nécessité d’hospitaliser les patients.

Articles en question :

Caitlin W. Hicks, Shalini Selvarajah, Nestoras Mathioudakis, Ronald E. Sherman, Kathryn F. Hines, James H. Black III, Christopher J. Abularrage, Burden of Infected Diabetic Foot Ulcers on Hospital Admissions and Costs, Annals of Vascular Surgery, Volume 33, May 2016, Pages 149-158, ISSN 0890-5096

Lien vers l’article : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0890509616300590

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