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  • Diabète gestationnel : et après ?


  • Cosson E, Mise en ligne le

  • 13/11/2017


Que se passe-t-il pour la mère et l’enfant après l’accouchement lorsqu’il existe un diabète gestationnel ? Nouvelles données.

Contexte

Le diagnostic de diabète gestationnel (DG) implique une prise en charge afin de diminuer les complications maternelles et fœtales immédiates qui lui sont associées (macrosomie fœtale, dystocie des épaules, pré-éclampsie). Mais son impact ne s’arrête pas à l’accouchement car il traduit un risque cardio-métabolique majoré chez la mère mais aussi chez l’enfant.
Voici les nouvelles données à la lumière de l’étude HAPO FUS (Follow-Up Study) présentée cette année à l’ADA.

Chez la mère

Le premier point concerne le diabète pré-existant mais non connu et découvert au moment de la grossesse et qui est désigné par le terme « diabète avéré découvert pendant la grossesse ». Ce diabète s’associe à un taux important de malformations fœtales et est dépisté par la mesure de la glycémie à jeun (> 1,26 g/l) lors de la première consultation pendant la grossesse.
En cas de diabète gestationnel précoce (défini par une glycémie à jeun entre 0,92 et 1,25 g/l lors de la première consultation maternelle), d’âge maternel et d’IMC maternel élevés, de valeur élevée de la glycémie à jeun, la nécessité augmente de recourir à l’insuline pendant la grossesse, et le risque d’anomalie de la glycémie dans le post-partum immédiat se majore. Ce risque au cours des trois mois suivant l’accouchement varie selon les études entre 15 et 42% et doit être dépisté par une HGPO, plus sensible qu’une simple mesure de la glycémie à jeun.
Les risques de syndrome métabolique et de diabète ultérieur sont respectivement majorés d’un facteur 4 et 7 dans les données de la littérature. Les principaux facteurs de risque pour développer un DT2 sont l’IMC maternel élevé, les antécédents familiaux de diabète, l’origine géographiqué, l’âge élevé, la multiparité, la valeur de la glycémie à jeun lors de l’HGPO, la nécessité d’une insulinothérapie, l’hypertension gravidique, la prématurité, et la précocité du DG pendant la grossesse. L’étude HAPO avait inclus des patientes avec une glycémie à jeun < 1,05 g/l et une glycémie post charge < 2 g/l lors de l’HGPO réalisée entre la 24ème et la 32ème semaines et qui n’ont pas reçu de traitement spécifique. Dans l’étude HAPO FUS, 15 813 couples mères-enfants ont été suivis. Le sur-risque de pré-diabète et de DT2 8 à 12 ans après l’accouchement était majoré avec un OD à 3,47 [IC 95 % : 2,88-4,17] après ajustement sur les caractéristiques maternelles. Le risque cardiovasculaire maternel est majoré, indépendamment du DT2 et du syndrome métabolique avec un OR ajusté = 1,85 [IC 95 % : 1,21-2,82].

Chez l’enfant

En cas d’exposition au DG maternel, le risque ultérieur de dysglycémie chez l’enfant est majoré d’un facteur 8, de syndrome métabolique d’un facteur 4 et de surpoids d’un facteur 1,8.
Dans l’étude HAPO FUS, 8 à 12 ans après l’accouchement, la prévalence de l’obésité de l’enfant était de 11,2 %, et celle du surpoids ou obésité de 30,2 % par rapport aux enfants dont les mères qui n’avaient pas présenté de DG. Un trouble de la tolérance glycémique était noté chez 4 ,9% de ces enfants versus 1,8% lors que la mère n’a pas présenté de DG.
Le risque cardiovasculaire des enfants est majoré comme cela est montré dans l’étude HAPO FUS avec chez les enfants exposés au DG une élévation des pressions artérielles périphériques et de la rigidité artérielle. Il existe également un lien entre la glycémie maternelle et le développement cognitif de l’enfant et entre la glycémie maternelle et le risque d’autisme de l’enfant, risque encore majoré en cas d’obésité maternelle. Les mécanismes impliqués sont multiples : insulinorésistance, l’état inflammatoire chronique et les modifications épigénétiques.

Commentaire

Si le traitement du DG améliore les complications immédiates, l’impact sur les complications à long terme reste mal connu. Le dépistage régulier des anomalies glycémique, l’amélioration durable de l’hygiène de vie et la promotion de l’allaitement maternel qui semble avoir un rôle protecteur doivent être privilégiés. La découverte d’un DG est peut être l’occasion de promouvoir ces actions de prévention.

Article en question :

Cosson E. Diabète gestationnel : devenir des mères après la grossesse et de leurs enfants. Médecine des Maladies Métaboliques 2017,11 :518-24.

Lien vers l’article : https://doi.org/10.1016/S1957-2557(17)30121-9

Le contenu de cet article n’engage que le point de vue de ses auteurs.