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  • Diabète de type 2 : adolescents en danger !


  • Par Viner R et al., Mise en ligne le

  • 01/08/2017


Le diabète de type 2 de l’adolescent est particulièrement redoutable par la difficulté de sa prise en charge et la sévérité de ses complications. Il s’agit d’un défi pour l’avenir.

Contexte

Si le diabète de type 2 était autrefois qualifié de diabète de la « maturité », associé au vieillissement, il touche de nos jours des enfants et des adolescents du fait des changements de notre alimentation et de notre mode de vie au cours de ces dernières dizaines d’années. L’apparition de cette maladie chez les enfants et les adolescents est un défi pour notre système de santé et en particulier les services de pédiatrie qui jusqu’alors centraient leurs efforts sur les soins des diabétiques de type 1.

Cette revue caractérise le diabète de type 2 survenant chez l’adolescent c’est à dire pour l’OMS entre 10 et 19 ans.

Causes et phénotype

La physiopathologie du diabète de type 2 chez l’adolescent ressemble à celle du patient plus âgé. Cependant, il existe certaines particularités comme une plus grande insensibilité à l’insuline et une dégradation 2 à 4 fois plus rapide de la fonction bêta pancréatique que chez l’adulte. Les études de cohortes américaines permettent de souligner également le rôle de l’hérédité : 90% des adolescents touchés ont un antécédent familial de diabète, 30% ont été exposés au diabète gestationnel (DG) (et ces adolescents deviennent diabétiques plus tôt que ceux dont la mère n’a pas présenté de DG). D’autres facteurs sont identifiés comme un petit poids de naissance, un prise de poids rapide pendant l’enfance et un niveau socio-économique défavorable. Enfin, le rôle des traitements antipsychotiques utilisés pendant l’enfance a été clairement démontré.

La prévalence

Elle est mal connue mais reste très variable selon les pays. En Angleterre, une étude récente note une prévalence de 2,9/100 000 parmi les adolescents de moins de 16 ans. La plus forte prévalence est observée chez les indiens Pimas, la plus faible dans les pays européens où elle est dix fois moindre qu’aux Etats Unis. Une étude longitudinale américaine récente montre une augmentation annuelle de la prévalence de 7% avec un plus fort risque dans la population d’origine africaine, provenant des îles du pacifique ou chez les indiens.

Le diagnostic

L’American Diabetes Association (ADA) et la Société Internationale du Diabète de l’enfant et de l’Adolescent (ISPAD) recommandent la mesure de la glycémie à jeun, de la glycémie « au hasard » ou de la glycémie à 2 heures après une charge en glucose ou enfin de l’HbA1c.

Devant un tableau d’hyperglycémie symptomatique (syndrome cardinal), le diagnostic évoqué en priorité est un DT1 mais certains signes cliniques orientent le diagnostic plutôt vers un DT2 : l’obésité, l’insulinorésistance (acanthosis nigricans), l’absence d’auto-anticorps ou des antécédents familiaux de DT2. Une décompensation aiguë est rare dans le DT2, puisque l’on dénombre 6 à 11% de cas d’acidocétose et moins de 2% de coma hyperosmolaire.

La distinction entre DT1 et DT2 peut être difficile notamment si l’adolescent est en surpoids et présente une hyperglycémie sans cétose.

Les complications et les comorbidités

Les complications du DT2 de l’adolescent sont identiques à celles des adultes DT2 ou des adolescents DT1 mais sont plus précoces et plus sévères. Les complications cardiovasculaires surviennent ainsi 15 ans après le diagnostic du diabète de type 2 et les scores d’évaluation validés chez l’adulte sont peu informatifs chez l’adolescent. L’incidence de la néphropathie, de l’HTA, de la dyslipidémie sont plus importantes et augmentent rapidement avec la durée et le déséquilibre du diabète. L’évolution de la rétinopathie est moins connue dans cette population.

La survenue d’une grossesse chez une adolescente présentant un DT2 est souvent de mauvais pronostic. Enfin, ces patients présentent plus souvent des symptômes dépressifs et des troubles psychiatriques.

Prise en charge

Elle est basée comme chez le DT2 adulte sur la modification radicale du mode de vie, portant sur l’alimentation et l’activité physique. Elle doit faire intervenir une équipe multidisciplinaire comportant notamment des psychologues et des diététiciennes. Un dépistage systématique des complications et des comorbidités doit être régulièrement réalisé : HTA, apnées du sommeil, tabagisme, prise d’autres substances illicites… Comme chez l’adulte, la prise en charge doit être globale et comprendre un bon contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire.

Il n’existe que peu d’études sur les traitements utilisables chez l’adolescent. Pour l’ADA et l’ISPAD, seules la metformine et l’insuline sont utilisables. La chirurgie bariatrique, efficace chez le DT2 de l’adulte n’est pas recommandée chez l’adolescent du fait de manque de preuves, des risques et de son rôle délétère sur la densité minérale osseuse. Il serait donc nécessaire de valider l’utilisation d’autres traitements dans cette population particulière. Mais l’enjeu le plus important qui est la modification du mode de vie reste difficile du fait de la fréquente association à un niveau socio-économique défavorisé.

La prévention

La prévention du DT2 chez l’adolescent est celle de l’obésité, même si tous les adolescents obèses ne sont pas diabétiques. Elle reste donc difficile.

Conclusion

Le DT2 de l’adolescent est grave, de mauvais pronostic et fortement corrélé à l’obésité. Il est théoriquement évitable, à la différence du DT1, mais malheureusement les études de prévention ciblées ont donné des résultats décevants. Il faut donc envisager des mesures de plus grande ampleur comprenant une meilleure connaissance de la maladie, une diversification des traitements autorisés, des actions psychosociales et éducatives et la création de services spécialisés.

Article en question :

Viner R et al. Type 2 diabetes in adolescents: a severe phenotype posing major clinical challenges and public health burden Lancet 2017; 389: 2252–60.

Lien vers l’article :

https://doi.org/10.1016/S0140-6736(17)31371-5

Le contenu de cet article n’engage que le point de vue de ses auteurs