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  • Hospitalisations pour hypoglycémies en Angleterre


  • Par NN Dhalwani, et Al., Mise en ligne le

  • 24/08/2016


Hypoglycémies : du mieux, mais restons vigilants !

Contexte

Dans cette étude rétrospective et observationnelle, les auteurs ont colligé toutes les hospitalisations ayant pour motif principal une hypoglycémie entre le 1er janvier 2005 et le 31 décembre 2014 dans le service national de santé anglais (English National Health Service). Pendant cette période, en Angleterre, 101 475 hospitalisations ont été comptabilisées chez 79 172 patients. Les plus de 60 ans représentent 72% des admissions. Après ajustement sur le sexe, le groupe ethnique, les scores de comorbitidé (Charlson score et IDM-10 score), les hospitalisations pour hypoglycémie suivent une courbe en J : le risque le moins important se situe entre 20 et 49 ans, il augmente au-delà de 50 ans et avant 20 ans. Les patients se présentent le plus souvent (87%) au service d’accueil des urgences et 8% sont adressés par leur médecin traitant.

La moitié des patients qui seront hospitalisés présente au moins 3 comorbidités parmi lesquelles : une HTA essentielle, une Fibrillation Auriculaire ou un flutter, une infection urinaire, une insuffisance rénale aiguë ou chronique, une maladie coronaire chronique.

Le taux d’hospitalisation pour hypoglycémie a augmenté de 49% entre 2005 et 2010 et s’est stabilisé ensuite. Ainsi entre 2005 et 2014, le taux d’hospitalisation a augmenté de 39%.

Un quart des patients admis reste moins de 24 heures à l’hôpital, mais un tiers est hospitalisé plus de 5 jours. La durée de l’hospitalisation dépend du sexe (surtout féminin), de l’âge (plus élevé), des scores de comorbidité. Les sorties le jour même de l’hôpital ont augmenté de 43,8% entre 2005 et 2014. 3% des patients hospitalisés pour hypoglycémie vont décéder lors de l’hospitalisation, ce chiffre est en baisse de 46,3% entre 2005 et 2014. Le taux de mortalité est lui aussi corrélé aux scores de comorbidité.

Résultats

18% des patients hospitalisés pour hypoglycémie l’ont déjà été pendant la période de l’étude. Le taux de réhospitalisation à un mois est de 23%. Ce chiffre a diminué de 63% entre 2005 et 2014. Le risque de réadmission n’est pas corrélé aux scores de comorbidité.

Ces résultats rejoignent ceux d’autres études nord américaines qui observent les mêmes tendances pour le nombre d’hospitalisations pour hypoglycémies (augmentation puis stabilité au cours de ces dernières années). Dans toutes les études, l’âge élevé est un facteur de risque incontournable. Compte tenu du nombre croissant de diabétiques âgés qui présentent souvent de nombreuses comorbidités, du risque de surtraitement de cette population, des mesures devront être prises dans l’avenir pour éviter d’inverser cette tendance favorable.

Les résultats de cette étude peuvent être en partie expliqués par l’attention qui a été portée sur les hypoglycémies et leur rôle potentiel dans la mortalité cardiovasculaire au cours de ces dernières années, notamment après la publication des grandes études de morbimortalité en 2008. L’individualisation du traitement, de l’objectif d’HbA1C, et l’utilisation de médicaments à moindre risque d’hypoglycémie ont probablement joué un rôle favorable. Néanmoins d’autres éléments pourraient encore améliorer la situation, notamment l’éducation thérapeutique qui reste encore trop peu pratiquée en Angleterre.

Commentaire

Cette étude est la première d’une telle ampleur en Angleterre. Elle tient sa principale force dans la qualité et l’importance des données disponibles sur une période de 10 ans. Les hypoglycémies ont un coût humain et financier important qui va augmenter du fait de la prévalence croissante du diabète avec des conséquences importantes sur le système de santé. Cette étude nous permet de mieux appréhender les voies d’amélioration possible.

Article en question : F Zaccardi, MJ Davies, N N Dhalwani, et al. Trends in hospital admissions for hypoglycaemia in England: a retrospective, observational study. Lancet Diabetes Endocrinol 2016; 4: 677–85.

Lien vers l’article : http://dx.doi.org/10.1016/S2213-8587(16)30091-2

Le contenu de cet article n’engage que le point de vue de ses auteurs.