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  • Modification du QT lors d’une hypoglycémie.


  • Par Kacheva S et al, Mise en ligne le

  • 22/02/2017


Modification du QT lors d’une hypoglycémie.

Les hypoglycémies sont associées à un risque accru d’événements cardiovasculaires chez les diabétiques, mais les mécanismes sous jacents sont mal connus.

Contexte

Les hypoglycémies iatrogènes sont fréquentes chez les diabétiques. Si dans la majorité des cas ces hypoglycémies sont modérées et traitées par le patient lui-même, les accidents graves ne sont pas rares. Ainsi on estime que 4 à 10% des décès liés au diabète de type 1 sont attribuables aux hypoglycémies (dont le « dead in bed syndrome ») et que 10% des hypoglycémies graves sous sulfamides peuvent être létales. Les mécanismes sous jacents sont mal connus mais le rôle des troubles du rythme ventriculaires induits par l’hypoglycémie a été évoqué, notamment dans des modèles animaux mais aussi dans des études rétrospectives chez le diabétique de type 1 et chez le diabétique de type 2 présentant une neuropathie autonome cardiaque. L’allongement du QT semble être à l’origine de ces troubles du rythme ventriculaires.

L’étude

Afin d’évaluer cette hypothèse, les auteurs ont réalisé une étude prospective chez 119 patients dont seulement 11% étaient diabétiques de type 2 (HbA1c moyenne de 7,2%). Ces patients étaient âgés en moyenne de 47,5 ans et 69 étaient des hommes. Etaient exclus les patients présentant une cardiopathie ischémique non stabilisée, un ECG de base anormal, une épilepsie, les femmes enceintes ou qui allaitaient. Parmi les patients inclus, 61 avaient un déficit en GH isolé et 53 un déficit corticotrope. Une hypoglycémie insulinique a été réalisée chez chaque patient permettant d’atteindre une glycémie ≤2,2 mmol/l chez 92% des patients et ≤ 3,1 mmol/l chez tous les patients. Pendant l’hypoglycémie, il est noté une augmentation significative de la FC plus marquée chez les femmes que les hommes et qui se normalise après la correction de l’hypoglycémie. Le QTc augmente également au cours de l’hypoglycémie chez tous les sujets passant de 415,1±21,9 ms à 444,9±25,5 ms. Après correction de l’hypoglycémie à 120 minutes, le QTc diminue à 426,5±28,6 ms chez les hommes et 425,4±23 ms chez les femmes. Dans la population de l’étude, 26% des hommes ont un allongement pathologique du QTc (> 450 ms) ainsi que 17% des femmes (> 460 ms). Les variations du QT sont indépendantes de la fonction hypophysaire. L’analyse de régression permet de définir que le QTc de base est un prédicateur significatif de l’allongement du QT induit par l’hypoglycémie. La dispersion du QT « QTd » (différence entre le QT le plus court et le plus long sur les ECG répétés au cours du test) est également plus grande lors de l’hypoglycémie et se corrige lors de la restauration de l’euglycémie. Au cours de l’hypoglycémie 97 des 119 patients (82%) ont développé une hypokaliémie transitoire (K≤3,6mmol/l) et une augmentation (X10) significative du taux d’épinéphrine.

Commentaire

L’allongement du QTc témoigne d’une augmentation du potentiel d’action pendant les phases de dépolarisation et de repolarisation du myocarde et favorise les troubles du rythme cardiaque (torsades de pointes, TV, FV et mort subite), c’est un prédicteur de mortalité toute cause et de mortalité cardiovasculaire. De même l’augmentation du QTd est un prédicteur du risque de mortalité cardiovasculaire, indépendamment de l’allongement du QTc. L’association de l’allongement du QTc, de l’hypokaliémie, de l’activation adrénergique au cours de l’hypoglycémie et qui s’aggravent mutuellement accroissent le risque de trouble du rythme ventriculaire.

Conclusion

Cette étude démontre que l’allongement du QTc est un événement fréquent au cours de l'hypoglycémie induite par l'insuline, s’accompagne d'une hypokaliémie et d'une activation adrénergique. L'hypoglycémie augmente ainsi le risque d'arythmies ventriculaires mortelles, en particulier chez les patients ayant un QTc prolongé préexistant ou une cardiopathie sous jacente.

Article en question :

QT prolongation caused by insulin-induced hypoglycaemia – An interventional study in 119 individuals. Kacheva S et al, Diabetes Research and Clinical Practice 2017,123:165-72.

Lien vers l’article :

http://dx.doi.org/10.1016/j.diabres.2016.11.021

Le contenu de cet article n’engage que le point de vue de ses auteurs.