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  • Qui adapte les antidiabétiques en cas d’insuffisance rénale ?


  • Par Muller C et Al., Mise en ligne le

  • 19/05/2016


Beaucoup de diabétiques de type 2 présentant une insuffisance rénale sévère sont encore traités par ADO. Les recommandations néphrologiques ne sont pas toujours bien respectées…

Insuffisance rénale et prise d’un antidiabétique oral

D’après l’étude Nhanes, 62,9 % des patients diabétiques de type 2 présentant une insuffisance rénale de stade IV ou V prennent au moins un antidiabétique oral (ADO). Or, la plupart des ADO sont excrétés par le rein et l’existence d’une insuffisance rénale chronique (IRC), selon son degré, nécessite un arrêt des ADO ou du moins une adaptation posologique.

Que recommandent les sociétés savantes ?

Les recommandations des sociétés scientifiques varient selon les pays et ne sont pas toujours faciles à comparer car il existe plusieurs méthodes d’évaluation du débit de filtration glomérulaire (DFG) et que ces sociétés savantes ne précisent pas toujours quelle formule utiliser.

Résultats de l’étude Nhanes

Cette étude prospective observationnelle a été menée dans 4 centres de néphrologie en France regroupant 13 néphrologues.

Une cohorte de 301 patients diabétiques de type 2 ont été inclus entre septembre 2014 et décembre 2014. L’ancienneté du diabète était en moyenne de 13,9 ans, l’HbA1c était de 7,04 % et la néphropathie n’était pas d’origine diabétique dans 40,2 % des cas.

Parmi les 301 patients, 163 avaient une IRC stade III, 115 une IRC stade IV et 14 une IRC stade V.

Le pourcentage de patients recevant un traitement par ADO en dehors des recommandations européennes1 varie selon la formule utilisée pour évaluer le débit de filtration glomérulaire.

Ainsi, si on utilise la formule CKD épi, 53,5 % des prescriptions sont hors recommandations, versus 38,2 % avec la formule de Cockcroft et Gault et 45,9 % avec la formule CKDépi indexée sur la surface corporelle.

Les auteurs ont, en effet, souligné que la formule CKDépi était déjà indexée sur la surface corporelle de 1,73 m2 alors que la moyenne des surfaces corporelles des patients de l’étude était de 2,07 m2. Cette différence constatée peut être préjudiciable à l’évaluation du DFG chez des patients diabétiques qui sont souvent obèses.

Quelles pratiques pour quels praticiens ?

Parmi les praticiens, les médecins généralistes utilisent plus souvent les glinides et les gliptines que les néphrologues et les diabétologues. Les néphrologues ont tendance à utiliser ces ADO et également la metformine à des stades d’insuffisance rénale plus évolués ; l’insuline pouvant induire un plus grand risque d’hypoglycémie et à une rétention hydrosodée. En revanche, les diabétologues utilisent plus souvent l’insuline que les ADO dont ils craignent les effets secondaires en cas d’insuffisance rénale.

Pour des recommandations standardisées ?

Cette étude souligne l’importance de la variabilité des pratiques entre les intervenants médicaux selon leur spécialité. Des recommandations standardisées mieux suivies permettraient une meilleure sécurité pour nos patients.

1 Guideline development group. Clinical practice guideline on management of patients with diabetes and chronic kidney disease stage 3b or higher (eGFR). Nephrology, Dialysis, Transplantation 2015;30(Suppl.2):ii1-ii142.

Article en question : Muller C, et al for the CERRENE study group. Oral antidiabetics use among diabetic type 2 patients with chronic kidney disease. Do nephrologists take account of recommendations? J Diabetes Complications 2016;30:675-80.

Lien vers l’article : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1056872716000180

Le contenu de cet article n’engage que le point de vue de ses auteurs.