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  • Le ramadan chez les adolescents et les enfants ?


  • Par Lyse Bordier, Mise en ligne le

  • 13/07/2017


Quel état des lieux et quels risques du jeûne du ramadan chez les plus jeunes ?

Contexte

1,9 milliard de musulmans célèbrent en ce moment le 9ème mois de l’année islamique, remarquable par le jeûne du ramadan. Ce jeûne est un des 5 piliers de l’Islam et se caractérise par l’interdiction de boire et manger du lever au coucher du soleil. Sa durée varie en fonction de la situation géographique et de la saison. S’il est obligatoire pour tous les adultes en bonne santé, certaines personnes en sont exemptées, notamment les malades souffrant d’affections chroniques et les enfants pré-pubères. Cependant, beaucoup d’enfants et d’adolescents diabétiques de type 1 souhaitent pratiquer le jeûne. Or, pendant cette période, les modifications des horaires des repas et du rythme de vie de l’alimentation peuvent altérer l’équilibre glycémique et les exposer aux hypo ou aux hyperglycémies.

L’étude

L'objectif principal de cette étude, réalisée en Arabie Saoudite, est d'explorer l'attitude et les attentes des enfants et des adolescents atteints de diabète de type 1 ainsi que de leurs parents envers le Ramadan, la sécurité, l'étendue des complications découlant du jeûne et enfin l'impact du jeûne sur le contrôle du diabète. Pour cela, les patients effectuent deux visites à l’hôpital, un mois avant et un mois après le jeûne du ramadan. Au cours de ces visites, un questionnaire est renseigné ainsi qu’un dosage de l’HbA1C. 65 patients ont été inclus, 62% sont des filles, l’âge moyen est de 14,5 ans et 58% d’entre eux sont traités par pompe.
Avant le début du ramadan, 75% des parents encouragent leurs enfants à jeûner, 25% s’y opposent. 5% des enfants et adolescents ressentent une pression de leur entourage ou de leurs parents pour pratiquer le jeûne. Les patients s’attendent à présenter des hypoglycémies dans 82% des cas et des hyperglycémies dans 31% des cas. 85% sont prêts à arrêter le jeûne si nécessaire.
L’enquête après le ramadan montre que 57% des patients ont jeûné plus de 14 jours et 26% ont jeûné tout le mois. 52% ont présenté une hypoglycémie symptomatique et ont rompu le jeûne 1 à 3 fois ; 29% ont présenté une hyperglycémie (ou une acidocétose) avec rupture du jeûne 2 à 5 fois.

55% des patients sous pompe et 48% sous multi-injections ont présenté au moins une hypoglycémie sévère (différence non significative). Il n’y a pas de différence entre les deux traitements pour les hyperglycémies.
L’HbA1c est à 8,6% avant le ramadan et 8,8% après. L’équilibre glycémique s’est amélioré chez 37% des patients, est resté stable chez 11% et s’est aggravé chez 52% d’entre eux.
Peu d’études ont évalué la pratique du jeûne chez les enfants et les adolescents atteints de diabète de type 1. Cette publication souligne la fréquence de la pratique du jeûne du ramadan parmi ces patients et le défi que doivent relever les pédiatres afin de les préparer et de les encadrer au mieux durant cette période particulière.
L’étude EPIDIAR (Epidemiology of Diabetes and Ramadan) a bien démontré le surrisque d’hypoglycémie sévère (risque multiplié par 7,5) pendant le jeûne. Une vigilance particulière est donc nécessaire avec une augmentation de la fréquence de la surveillance des glycémies capillaires et un intérêt particulier pour le CGMS. Il faut aussi rappeler qu’il est nécessaire de rompre le jeûne en cas de complication, ce que tous les patients ne sont pas prêts à faire, à la différence de ce qui est rapporté dans cette étude. Il n’a pas été démontré dans cette étude de différence dans la survenue des complications entre la pompe et les multi-injections.

Conclusion

En conclusion, la majorité des adolescents et enfants musulmans atteints de diabète de type 1 est en mesure de pratiquer le jeûne du Ramadan et une forte proportion d'entre eux est encouragée par leurs parents à le faire. Leurs connaissances en matière de risque métabolique sont précises, mais elles sous-estiment la détérioration du contrôle du diabète au cours du mois. Il est rassurant qu'ils acceptent d’interrompre rapidement le jeûne si cela est nécessaire ce qui rend cette période moins risquée pour eux. Aucune différence n'a été observée quant à la fréquence des complications aiguës ou à la modification de l'HbA1c sous pompe ou multi injections.

Commentaire

Cette étude a été réalisée en Arabie Saoudite et témoigne de la possibilité de faire le Ramadan par les plus jeunes. Il convient néanmoins de souligner que la plupart des médecins musulmans déconseillent la pratique du jeûne chez les patients diabétiques de type 1 tout particulièrement en cas d’instabilité du diabète, chez les femmes enceintes ou chez les enfants. Il faut savoir donner aux enfants et aussi à leurs parents un avis médical responsable sur ce point et bien expliquer les risques de cette pratique. S’ils souhaitent néanmoins le faire, il faut accompagner le mieux possible ces patients au cours d’une période qui peut entraîner des accidents métaboliques graves.

Article en question :
Deeb A et al. Attitude, complications, ability of fasting and glycemic control in fasting Ramadan by children and adolescents with type 1 diabetes mellitus. Diabetes Research and Clinicaal Practice 2017, 126 :10-15.

 

Lien vers l’article : http://dx.doi.org/10.1016/j.diabres.2017.01.015

 

Le contenu de cet article n’engage que le point de vue de ses auteurs.