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  • Contrôle du diabète : étudier les circonstances de migration


  • Serge Halimi, Mise en ligne le

  • 13/07/2017


En France, le moins bon équilibre glycémique des diabétiques migrants peut être rapproché des circonstances de migration et des navettes avec le pays d’origine.

Contexte

En France, les migrants porteurs d’un diabète surtout DT2 sont très nombreux, 19% des diabétiques suivis sont nés hors de France (ENTRED). L’ancienneté de leur migration, leur mode de migration (seuls ou en famille), et leurs modes de résidence varient aussi, avec des séjours dans leur pays d’origine plus ou moins fréquents et prolongés. Le département de Seine-Saint-Denis est celui où le taux de migrants est le plus élevé de France métropolitaine. La plupart de ces migrants viennent du Maghreb où la prévalence du diabète est sensiblement plus élevée que celle de la France (4,6%) contre 6,63% en Algérie et 15,1% en Tunisie. En France, les patients venus d'Afrique sont généralement plus pauvres et leur contrôle glycémique moins bon. De plus, pour certains patients, on constate une augmentation de la prévalence des complications, y compris pour un contrôle glycémique similaire. Ces différences peuvent s’expliquer par un niveau socioéconomique plus faible, des barrières culturelles ou linguistiques. Mais certaines dimensions n’ont pas été suffisamment explorées : la maîtrise de la langue comme la propension à des séjours plus ou moins fréquents dans leur pays d’origine.

Objectif

Explorer l'influence de l’histoire de la migration et de ces paramètres sur la qualité du contrôle glycémique.

Méthodes

Une cohorte de patients migrants avec diabète de type 2 (DT2) tous couverts par la sécurité sociale et en ALD 30 (Affections de Longue Durée), a été recrutée dans le département de Seine-Saint-Denis (où le phénomène migratoire est très important). Les patients ont rempli un questionnaire sur le diabète, leur historique de migration et le score EPICES (Evaluation de la Précarité et des Inégalités de santé dans les Centres d’Examens de Santé), par analyse univariée et multivariée. Cette cohorte a été comparée à un groupe contrôle de non migrants, appariés en âge et sexe.

Résultats

Ont été inclus 72 patients, sexe ratio 1/1, originaires de 20 pays différents (surtout Maghreb). Age moyen 57,7 ± 9,6 ans. Il n’a pas été trouvé de lien statistique entre qualité du contrôle glycémique et sexe, âge, durée du diabète, degré de précarité, tabagisme, et pas non plus avec l’ancienneté de la migration ou la maîtrise de la langue française. Cependant, le motif « regroupement familial » lors de la migration initiale était associé à un meilleur équilibre du diabète (HbA1c < 8%) tout comme le souhait de partager leur temps entre la France et leur pays d'origine durant leur retraite, plutôt que de résider seulement dans leur pays d’origine.
Par rapport au groupe de non migrants, le score EPICES était plus élevé chez les migrants (52,8 contre 28,3, p <0,05), tout comme l'HbA1c (8,4±1,5 contre 6,7±1,3%) et le pourcentage de fumeurs actifs.

Conclusions

Ceci tend à indiquer que les migrants présentent un risque accru de diabète mal contrôlé. Les circonstances de migration semblent être un facteur déterminant. C’est pourquoi l'histoire migratoire des migrants devrait être plus finement explorée afin de mieux les comprendre pour mieux les prendre en charge.

Commentaires

Cette étude préliminaire, puisqu’elle porte sur un nombre de sujets relativement faible (72), est toutefois riche d’enseignement et surtout devrait inspirer beaucoup de travaux dans ce domaine. En effet, selon les régions de France, de 5% à plus de 20% des DT2 suivis sont issus de l’immigration, c’est à dire venus en France après l’âge de 15 ans (ici en moyenne depuis plus de 20 à 30 années) pour des raisons essentiellement économiques, recherche d’un travail. Il est intéressant de remarquer que, dans cette étude, ni la maîtrise de la langue ni l’ancienneté de l’immigration ne sont des déterminants du contrôle glycémique. En revanche, l’immigration en famille joue un rôle favorable. L’absence d’impact de la compréhension de la langue du pays d’accueil n’est pas confirmée dans des études menées dans d’autres pays d’Europe confrontés à la même situation et qui retiennent un lien avec la maîtrise de la langue du pays hôte. De plus, lorsque les soignants partagent la langue des migrants, ceci exerce un effet favorable sur la prise en charge et les résultats obtenus. L’article fourmille d’informations fort intéressantes (des tableaux très instructifs) et de réponses à des questions que nous ne leur posons pas suffisamment, des données d’études menées ailleurs en Europe. Explorer ces dimensions semble donc essentiel. Enfin, une fois à la retraite, le fait de partager leur année entre la France et le pays d’origine semble aussi un déterminant favorable mais pas dans n’importe quelles circonstances.

Critiques

Elles sont formulées par les auteurs eux-mêmes avec beaucoup d’honnêteté. Faible nombre de sujets étudiés, issus d’un seul département français, groupe contrôle choisi hors du département dont sont issus les migrants, limites d’un questionnaire chez des patients maîtrisant mal la langue, impossibilité de faire la part du degré de précarité de l’effet propre de l’immigration.
Ce travail de collègues français est à lire absolument.

 

Article en question :
Migrant adults with diabetes in France: Influence of family migration.
C. Chambre, C. Gbedo, N. Kouacou, M. Fysekidis, G. Reach, H. Le Clesiau, H. Bihan Journal of Clinical & Translational Endocrinology 7 (2017) 28–32.

 

Lien vers l’article : http://dx.doi.org/10.1016/j.jcte.2016.12.003

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