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  • Un diagnostic de diabète au faciès ?


  • Par Shu T, Zhang B, Yan Tang Y. , Mise en ligne le

  • 20/04/2017


Un diagnostic de diabète au faciès ?
Une méthode originale et surprenante pour dépister le diabète de façon non-invasive par l’analyse numérisée et modélisée des téguments cutanés du visage.
Contexte
En quête de méthodes pour rechercher le diabète de façon non-invasive une équipe chinoise publie une étude très surprenante voire choquante en première lecture. Serait-ce un retour de la phrénologie ? Cette approche consiste à analyser plusieurs  paramètres de texture et de couleur de la peau du visage de sujets et à les comparer entre elles quant à leur capacité à dépister le diabète. Elle porte sur 284 diabétiques et 231 sujets non diabétiques.

Méthode
Ces quatre groupes de caractéristiques de texture chez des personnes ici d’origine ont été précédemment décrites et appliquées au diagnostic de diabète: (1) d’abord un histogramme comportant une échelle de gris et un binaire modèle local, (2) ensuite une approche structurelle: Voronoi Tessellation, (3) et un traitement du signal dit Gaussian, Steerable et Gabor (4) enfin une étude de texture basée sur le modèle: Markov Random Field.
Résultats: Selon cette dernière étude les 1ère et 3ème particularités de texture ont obtenu un meilleur résultat pour la détection du diabète. Le meilleur extracteur de texture pour cette détection s’est avérée être est l'échelle de gris de l'image avec une précision de 99,02%, une sensibilité de 99,64% et une spécificité de 98,26%.

Commentaires
La lecture hâtive du seul titre, peut donner l’impression d’assister au retour de la phrénologie une théorie selon laquelle les formes du crâne d'un être humain reflètent son caractère. A l’origine un neurologue autrichien Franz Joseph Gall (1757-1828) avait élaboré une théorie qui visait à identifier les particularités morphologiques de dispositions intellectuelles et morales de l'homme. Une théorie très en vogue au 19ème siècle qui fit tant de dégâts mais progressivement controversée et combattue pour ses dérives idéologiques. En réalité ici il ne s’agit aucunement de cela mais bien d’études sérieuses et d’une toute autre nature, étudiant la texture cutanée du visage et non la forme du crâne. 

 

Critiques
Il est regrettable que ces deux travaux très fouillés publiés à ce jour ne proposent aucune explication à cette variance de la texture cutanée du visage chez les diabétiques. De plus les sujets diabétiques, type 1 ou type 2 ne sont aucunement décrits, thérapeutique etc. Diabète étant un qualificatif bien général et imprécis, pas que ne sont décrits les sujets du groupe normal et cela ne peut que surprendre quant à l’acceptation de ce travail par la revue. De plus, qu’en serait-il si ces personnes étaient plus âgées, porteuses de maladies cutanées et ici il ne s’agissait que de sujets d’ethnies non asiatiques ? Quid des caucasoïdes ou de ceux ayant une peau plus pigmentée, des noirs africains, indiens, sud-américains, ou simplement de personnes intensivement exposés au soleil ? Et quel avantage par rapport à un diagnostic biologique assez simple et peu invasif, celui qui prévaut actuellement ? Mais affaire à suivre au moins quant à ce qui pourrait expliquer ces différences cutanées. Des approches non invasives basées sur l’analyse de la salive semblent plus prometteuses et plus riches d’informations sur le statut des diabétiques. Nous y reviendrons.

Article en question : An extensive analysis of various texture feature extractors to detect Diabetes Mellitus using facial specific regions.
Shu T, Zhang B, Yan Tang Y.
Comput Biol Med. 2017 Feb 22;83:69-83.

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