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  • Stimuler le GLP1 par le petit lait !


  • Serge Halimi, Mise en ligne le

  • 13/10/2017


Et si on agissait sur le GLP1 par notre alimentation et pour les diabétiques de type 2 : le petit lait ? Rôle des protéines du lactosérum sur les hormones du post-prandial.

Contexte

Les molécules qui agissent par le phénomène dit incrétine, les gliptines qui réduisent la dégradation du GLP1 et les agonistes du récepteur du GP1 injectés à dose pharmacologique (GLP1-a) sont de plus en plus au cœur de la prise en charge des diabètes de type 2 (DT2). Plusieurs équipes de recherche ont testé une approche nutritionnelle pour améliorer les glycémies post-prandiales en stimulant le GLP1 endogène via l’administration de protéines dérivées du lait, précisément du lactosérum.

Le lactosérum

Le petit lait : riche en eau (>90%), il contient du lactose (4-5%), des protéines (9%) et presqu’aucune matière grasse donc presque pas de calories. Il a longtemps été considéré comme un résidu encombrant, produit en très grandes quantités par l'industrie fromagère et très polluant. Mais de nouvelles technologies permettent aujourd'hui d'en séparer les principaux constituants afin d'en tirer des produits très élaborés, comme les concentrés de protéines sériques. Les protéines de lactosérum sont principalement composées de β-lactoglobuline (50 %), α-lactalbumine (20 %), immunoglobulines (10 %), albumine de sérum bovin (10 %) et la lactoferrine (2%). Ce sont des protéines dites « rapides » passant vite l’étape de l’estomac et sont vite absorbées entraînant une élévation rapide mais de courte durée de la teneur en acides aminés du plasma sanguin (ou hyperaminoacidémie) et une stimulation concomitante de la synthèse protéique.
Dans l'estomac, la fraction soluble des protéines de lait est ainsi évacuée rapidement alors que les caséines précipitent au contact du pH acide du milieu en formant un réseau protéique dense. Ces caséines sont dites protéines « lentes ».
L’usage actuel des protéines du lactosérum tient d’une part en leur richesse en acides-aminés essentiels et à leur usage pour certaines vertus immunitaires (25-45 g/j). Usage bien plus fréquent encore, celui fait par les athlètes. On prête aux protéines du lactosérum un rôle clé dans la reconstruction des fibres musculaires ayant subi des micro-déchirures lors d’un entraînement, absorber environ 20 g poudre de ces protéines (Whey protein) durant ou juste après l'exercice maximiserait la synthèse musculaire après entraînement. À cause des problèmes d'intolérance de certaines personnes au lactose, ou de leur difficulté à le digérer, beaucoup de fabricants de compléments protéinés à utilisation sportive produisent des poudres de lactosérum sans lactose.

Etudes chez les diabétiques

Voilà que plusieurs études ajoutent une nouvelle vertu à cette protéine miracle. Nous n’en rapporterons que deux. Elles ont porté sur des patients DT2. L’une d’elle montre que consommée lors d’un petit déjeuner standard ces protéines stimulent fortement le GLP1, par 3 à 4, GLP1 total comme GLP1 intact, avec pour conséquence un fort accroissement de l’insulinémie (x 2) et du C-peptide post-prandiaux, réduisant les excursions glycémiques post-prandiales d’environ 30% et en réduisant les taux de ghréline. Cependant si ce pouvoir puissant sur les sécrétions de GLP1 et d’insuline post-prandiales est aujourd’hui largement confirmé, il est possible que selon leur phénotype tous les patients ayant un DT2 ne réagissent pas pareillement. Un travail publié en 2017 très rigoureux, utilisant pour la première fois le CGMS, confirme ces effets tout en montrant que cela est surtout vrai chez les DT2 peu obèses, sans hypertriglycéridémie et ayant un taux de base de GLP1 peu élevé. A l’inverse en présence d’une obésité, d’une hypertriglycéridémie et de taux de base de GLP1 élevés les effets glycémiques ne sont plus retrouvés voire inverses.

Commentaire

En somme des travaux à poursuivre par de plus larges et plus longues études afin de vérifier quels rôles peuvent jouer le phénotype des patients DT2, l’ancienneté du diabète et les traitements médicamenteux et surtout si les effets favorables se maintiennent à long terme. Et une nouvelle illustration de la « Médecine de précision » qui émerge partout aujourd’hui et dont a bien besoin la diabétologie. Le « One size fit all », l’ère des approches qui conviendraient à tous est bien révolue. Quoi qu’il en soit une voie originale, pour lutter contre le déficit absolu ou fonctionnel du GLP1 décrit dans les diabètes de type 2. Une solution peu coûteuse et « naturelle ». Les écologistes et pas eux seuls vont boire du petit lait. Affaire à suivre.

 

Article en question :
1. Jakubowicz D et col. Incretin, insulinotropic and glucose-lowering effects of whey protein pre-load in type 2 diabetes: a randomised clinical trial. Diabetologia. 2014 Sep;57(9):1807-11.
Lien vers l’article : doi: 10.1007/s00125-014-3305-x

2. Almario RU et col. Glucose-lowering effect of whey protein depends upon clinical characteristics of patients with type 2 diabetes. BMJ Open Diabetes Res Care. 2017 Jul 7;5(1):e000420.
Lien vers l’article : doi: 10.1136/bmjdrc-2017-000420

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