Pratiques et organisations des soins /

LES ACTUALITÉS

  • Texto, applications et observance chez l’adolescent


  • Badawy SM, et al. , Mise en ligne le

  • 14/12/2017


Une revue sur le « mHealth » : l’envoi de texto et les applications sur téléphone mobile peuvent-ils améliorer l'observance des adolescents atteints de maladies chroniques ?

Contexte

Le nombre d'adolescents porteurs de maladies chroniques (MC) continue d'augmenter. Aux États-Unis, environ 15 à 20% des enfants et des adolescents souffrent de problèmes de santé chroniques (asthme, diabète), un nombre qui a doublé au cours des 20 dernières années, une progression d’abord liée à l’obésité et à l’asthme et qui a surtout augmenté les dépenses de santé. Les taux de non-observance médicamenteuse sont estimés entre 50 et 75% chez les patients pédiatriques atteints de MC, avec des indications d'une observance encore plus faible chez les adolescents. La non-observance des traitements (faible adhérence terme préférable) surtout médicamenteux pose un sérieux problème chez les adolescents atteints de telles affections, ce constat serait universel.
Elle est associée à des résultats très éloignés des objectifs thérapeutiques et souvent très médiocres et préoccupants quant aux conséquences à court ou long terme. Des études antérieures et les méta-analyses de jeunes patients atteints de MC avaient certes démontré l'effet positif des interventions sur l'observance du traitement et le fonctionnement de la famille, ainsi qu’une meilleure utilisation du système de santé. Mais ces revues n’avaient pas véritablement pu s’appuyer sur des études véritablement analysables. Les adolescents ont, nul ne l’ignore, un accès omniprésent à la technologie mobile, en particulier la messagerie « texto » et les applications de téléphonie mobile quel que soit leur statut social. L'adoption de ces technologies par les adolescents, voire leur addiction, a ouvert de nouvelles possibilités d'amélioration d'autogestion et l'observance des médications dans les MC.
Les nouvelles technologies issues de l’Internet, de la téléphonie mobile et de l’informatique sont-elles en mesure d’améliorer l'observance des traitements chez les adolescents atteints de MC ? Ceci est aujourd’hui appelé la technologie mHealth (m pour mobile) et suscite un intérêt grandissant dans le monde médical. Il existe plus de 165 000 applications mobiles de santé dont 15% sont commercialisées à l’usage des médecins et une large majorité pour les patients et surtout le grand public.
Cependant des outils visant spécifiquement à favoriser la qualité et la constance thérapeutique sont moins nombreux, mais aucune étude systématique de qualité n’avait été effectuée quant à leur utilité potentielle pour renforcer l’observance chez les jeunes atteints de MC. Comme on le verra plus loin, nombre de ces études peu exploitables, fragmentaires sont publiées et de qualité suffisante pour permettre d’en tirer de véritables leçons. Cependant cette première revue de la littérature est déjà instructive.

Objectif

L'objectif de cette étude a donc été d'évaluer les données les plus récentes sur l’efficacité de « l’accompagnement santé » des patients par diverses technologies relevant de la « mHeath » donc des interventions visant à promouvoir l'observance des médicaments chez les adolescents atteints de maladies chroniques.
Une très vaste recherche et analyse des données disponibles et/ou publiées a été tentée portant sur la période 1995 - 2015. Deux examinateurs ont analysé et évalué indépendamment les articles qui comprenaient les mots clés « observance chez les adolescents porteurs de maladies chroniques » (entre l’âge de 12 et 24 ans). Les auteurs notent déjà que sur les 1 423 « bases examinées » susceptibles de répondre à cette thématique, seuls 15 répondaient véritablement aux critères prédéfinis en particulier qu’il s’agisse de publications dans des journaux médicaux s’appuyant sur un authentique comité d’experts : ainsi 12 portaient sur les messageries textes (texto) et 3 sur les applications de téléphonie mobile. La plupart des études ont été réalisées aux États-Unis (11/15), seulement 8/15 étaient des essais contrôlés randomisés, tous les 15 avaient une faible taille de l’échantillon moins de 50 sujets (11/15) et comportaient des données auto-déclarées d’observance et/ou des biomarqueurs (9/15). Seules 4 études ont été véritablement conçues sur la base d'une démarche méthodologique suffisamment précise et adaptée. Les pathologies concernaient le diabète de type 1, l’asthme avec la prise de corticoïdes et de β2-agonists inhalés, le SIDA, la drépanocytose, la transplantation hépatique, l’acné, la dépression. La plupart ont cependant rapporté une amélioration et presque la moitié, 7 articles sur 15, une amélioration significative de l'observance. Mais dans l’ensemble, les études retenues étaient de faible ou moyenne qualité. Il existait trop de disparité dans ces études toutes de petite taille et de courte durée, pour permettre une authentique méta-analyse.

Conclusion

Malgré ces limites les auteurs apportent cependant une conclusion positive à leur travail et sur les perspectives offertes dans le futur.

Commentaire

Pour cette revue, l'utilisation de la messagerie « texto » et des applications sur téléphone mobile ont globalement montré une efficacité, et permis d’améliorer l’adhérence aux médicaments chez les adolescents atteints de ces maladies chroniques. Ces données tendent à montrer la faisabilité et l’acceptabilité relativement prometteuses de la mHealth ou « Santé connectée » chez les jeunes patients même si les preuves restent encore modestes pour soutenir cela. En somme, de belles perspectives et un vrai besoin d’études de qualité mieux construites, incluant plus de sujets et portant sur une durée suffisamment longue pour que cela puisse véritablement être considéré significatif et une réponse au constat globalement défavorable chez les adolescents atteints de maladies chroniques. Ces études sont attendues avec grand intérêt et impatience. Pour certains collègues investis dans ces domaines, Facebook offriraient plus de perspectives dans le futur que les approches passant par le téléphone portable. On y reviendra certainement.

 

 

Article en question :
Text Messaging and Mobile Phone Apps as Interventions to Improve Adherence in Adolescents With Chronic Health Conditions: A Systematic Review.
Badawy SM, et al. JMIR Mhealth Uhealth. 2017 May 15;5(5):e66.

Lien vers l’article : doi: 10.2196/mhealth.7798

(Pour des raisons de copyright, l’accès à certains articles peut être soumis à un acte d’achat ou réservé aux abonnés du site hébergeant cet article)

Le contenu de cet article n’engage que le point de vue de ses auteurs