Pratiques et organisation des soins /

  • Journée Mondiale du Diabète 2017 Incidence du diabète de type 1 de l’enfant en France et risques de retard diagnostique.


  • Serge HALIMI, Mise en ligne le

  • 15/01/2018


A l’occasion de la Journée Mondiale du Diabète (JMD 2017) le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) a publié le 14 novembre 2017 des données nationales sur le diabète de type 1 (DT1) de l’enfant (1-3). En France comme en Europe, l’augmentation de l’incidence du DT1 et un rajeunissement de l’âge moyen au diagnostic ont été observés. L’incidence a doublé en 30 ans chez l’enfant et l’adolescent (0-15 ans), deux fois plus rapide chez les enfants de moins de 5 ans. De nombreuses hypothèses explicatives ont été discutées sans qu’aucune ne soit retenue. Sur un fond de prédisposition génétique (HLA), qui diffère d’ailleurs selon les ethnies et aurait changé dans le temps pour une même population, sont discutés des facteurs de risque de développer un DT, hypothèse hygiéniste, virus, environnement, polluants, perturbateurs endocriniens, modifications climatiques, carence en vitamine D, stress, l’absence d’allaitement, et microbiote. Au final, rien de probant. En France, nous ne disposons pas de registre officiel, ces données sont donc particulièrement les bienvenues. Elles ont été établies par croisement entre les données de la CNAM-TS (Caisse Nationale de l'Assurance Maladie des Travailleurs Salariés) - remboursement des bénéficiaires de l’Assurance maladie - et du PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d'Information), enfants âgés de 6 mois à 14 ans.

Les données françaises sont les suivantes : entre 2013 et 2015, 6 424 enfants ont été identifiés comme nouvellement atteints de DT1. Le taux d’incidence en France sur cette période était de 18,0 pour 100 000 personnes-années. Les taux d’incidence régionaux les plus élevés étaient observés dans les régions Corse (21,7/100 000 personnes-années), Provence-Alpes-Côte d’Azur (21,1) et Hauts-de-France (19,7). Les taux d’incidence régionaux les plus bas étaient relevés en Guyane (3,6 pour 100 000 personnes-années), en Guadeloupe (12,2), à La Réunion (14,2) et, en France métropolitaine, dans les régions Pays de la Loire (15,8), Nouvelle-Aquitaine (16,8) et Normandie (16,9).

C’est donc la première étude à fournir une estimation nationale de l’incidence du DT1 de l’enfant. L’autre thème fort de ce numéro du BEH porte sur l’évaluation d’une campagne de prévention visant à diminuer le risque d’acidocétose au moment du diagnostic de diabète chez l’enfant. La croisade mobilisait depuis des années toute l’énergie de notre collègue et ami le Pr Jean-Jacques Robert qui vient de nous quitter. Cependant, les résultats de cette campagne restent préoccupants. Il y a une vingtaine d’années, une étude montrait que la fréquence de l’acidocétose au moment du diagnostic était de 48% en France. Une large campagne a été menée par l’association française AJD (l’Aide aux Jeunes Diabétiques) pour informer les familles et des médecins généralistes pour prévenir l’acidocétose au moment du diagnostic du DT1 chez les enfants, pour réduire le délai entre l’apparition des premiers symptômes et le début du traitement. Pourquoi ce problème se pose-il encore en France ? Peut-être du fait de la diffusion des critères diagnostiques du diabète de type 2 (DT2), qui ne nécessite que très rarement une prise en charge urgente et pour lequel une confirmation s’impose par au moins une glycémie veineuse au laboratoire et souvent ensuite la mesure de l’HbA1c. Ceci conduirait le praticien à se donner quelques jours voire une à deux semaines de délai pour confirmer le diagnostic contribuant à retarder de façon dangereuse le diagnostic de DT1, surtout chez les plus petits, avec des acidocétoses inaugurales gravissimes. Les résultats rapportés montrent que la fréquence de l’acidocétose d’abord diminué de 14,8% (année 0) à 11,3% (année 1), mais qu’elle est revenue à son niveau initial deux ans plus tard (année 3). Les données recueillies auprès des médecins généralistes ont montré que seuls 47,6% d’entre eux avaient diagnostiqué un DT1 chez l’enfant ou l’adolescent ; 27,8% ignoraient que le DT1 pouvait se déclarer avant l’âge de 2 ans ; 8,3% déclaraient que l’acidocétose n’était pas mortelle ; l’importance de certains symptômes (histoire familiale, infection urinaire…) était surestimée. Les critères de diagnostic évoqués par ces médecins étaient davantage ceux du DT2 que du DT1 et l’urgence d’une prise en charge hospitalière était souvent ignorée. Force est donc de constater l’absence d’effet de cette campagne à long terme et conduit à repenser la stratégie de prévention de l’acidocétose au diagnostic du DT1 de l’enfant. C’est pourquoi a été lancée, pour la période 2016-2018, une nouvelle phase de la campagne, basée principalement sur l’information des médecins libéraux, en particulier les médecins généralistes auprès desquels l’effort doit être porté tant leur rôle est déterminant.

  1. De Kerdanet M. Éditorial. Diabète de type 1 de l’enfant : des chiffres et des pistes. Bull Epidémiol Hebd. 2017;(27-28):570-1.
  2. Piffaretti C, Mandereau-Bruno L, Guilmin-Crepon S, Choleau C, Coutant R, Fosse-Edorh S. Incidence du diabète de type 1 chez l’enfant en France en 2013-2015, à partir du système national des données de santé (SNDS). Variations régionales. Bull Epidémiol Hebd. 2017 ; (27-28):571-8.
  3. Robert JJ, Louet D, Choleau C. Diminuer le risque d’acidocétose au moment du diagnostic de diabète chez l’enfant : évaluation d’une campagne de prévention. Bull Epidémiol Hebd. 2017 ; (27-28): 579-585