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  • Faire ou ne pas faire le jeûne lorsqu’on est diabétique ?


  • Published by the International Diabetes Federation, Mise en ligne le

  • 07/06/2016


Le Ramadan a commencé le 6 juin. Il débute avec l’apparition du 1er croissant lunaire de la Nouvelle Lune et se termine avec celle du 1er croissant lunaire du mois suivant.

La date exacte est connue après la réunion des autorités françaises du culte musulman, pour 30 jours de jeûne. C’est un des cinq piliers de l’Islam, respecté par plus de 70 % des musulmans de France.

Rappels

Pendant un mois, tous les musulmans en bonne santé doivent s’abstenir de manger, boire, avaler des médicaments, fumer et d’avoir des relations sexuelles de l’aube jusqu’au coucher du soleil.

La durée du jeûne varie en fonction des pays et de la période de l’année à laquelle commence le Ramadan, cette année en France un peu plus de 16 heures par jour.

Ramadan et diabète

Les personnes vivant avec une maladie qui peut présenter des complications liées au jeûne prolongé peuvent être dispensées. Et pourtant, à travers le monde, une majorité de musulmans vivant avec le diabète jeûne.
L’étude EPIDIAR, au début des années 2000, a montré que 42,8 % des diabétiques de type 1 (DT1) et 78,7 % des diabétiques de type 2 (DT2) jeûnaient au moins 15 jours.
Plus près de nous, l’étude CREED retrouve que 94,2% de DT2 jeûnent au moins 15 jours et 63,6% accomplissent un jeûne de 30 jours.

On constate que beaucoup de musulmans, en particulier DT2, jeûnent pendant le Ramadan et pourtant, jusqu’à présent, peu de recommandations existent sur la prise en charge du diabète pendant cette période. De plus, elles reposent principalement sur des consensus d’experts.

Un guide de bonne pratique publié par l’IDF et la DAR
Récemment, la Fédération Internationale du Diabète (IDF) et la Diabetes & Ramadan International Alliance (DAR) se sont emparées du sujet et ont produit un guide de bonne pratique publié en avril 2016 : The IDF-DAR Practical Guidelines.

L’objectif est d’aider les praticiens du monde entier à assurer un contrôle optimal du diabète pendant le mois de jeûne, en minimisant le risque de complications. Ce guide aborde différents chapitres : épidémiologie, physiologie du jeûne, stratification du risque et diffusion des recommandations.

Est tout particulièrement soulignée, l’importance d’individualiser les conseils donnés au patient et de le faire bénéficier d’une éducation thérapeutique spécifique et d’un plan personnalisé de gestion du diabète.

Risques encourus par les diabétiques

Le mois du Ramadan est marqué par des modifications profondes de l’alimentation, du sommeil et des rythmes circadiens. Les principaux risques qui en découlent chez la personne diabétique sont ceux de variations glycémiques importantes, hypoglycémies et/ou hyperglycémies et leurs corollaires de déshydratation et thrombose et d’acidocétose.

Pour mieux apprécier le risque individuel seront pris en compte :

  • le type de diabète,
  • les modalités de traitement,
  • le risque individuel d’hypoglycémie,
  • la présence de complications et/ou de comorbidités,
  • le contexte social et professionnel,
  • l’expérience antérieure de réalisation du jeûne.

Ces facteurs permettent de définir 3 niveaux de risque : très élevé, élevé, et modéré/faible. Pour les deux premiers, le jeûne est fortement déconseillé. Le patient devra être accompagné s’il décide quand même de le faire, avec des conseils très détaillés pour prévenir les complications.

La place primordiale de l’éducation thérapeutique du patient

Des programmes structurés d’éducation thérapeutique, spécifiques au Ramadan, sont à développer. Ils aborderont la quantification du risque de jeûner, la surveillance glycémique, l’alimentation et l’activité physique, l’adaptation des traitements, la prévention et la reconnaissance des complications, et aussi quand arrêter le jeûne.

Des études, comme l’étude READ ont démontré l’efficacité de tels programmes sur la réduction du risque d’hypoglycémie, le contrôle glycémique et pondéral.

Adapter le suivi du patient

Le guide reprend en détail les données de la littérature sur les différentes classes thérapeutiques du diabète, y compris les nouvelles classes et l’insuline. Des recommandations pour l’ajustement de chacune sont données. Les auteurs recommandent une visite avant le Ramadan pour évaluer le risque du jeûne et proposer un plan personnalisé de soins pour la période. Un accompagnement particulièrement vigilant est à instaurer en cas de risque élevé et chez les femmes enceintes. Une consultation post période du Ramadan est utile pour faire le point.

Conclusion

Enfin, les auteurs concluent sur l’importance de la diffusion de ce guide pratique.

Dans tous les cas, faire le jeûne pour une personne vivant avec le diabète est une décision éclairée, prise en concertation avec ses soignants et l’autorité religieuse.

Références
1 - Salti I, Benard E, Detournay B, et al. A population-based study of diabetes and its characteristics during the fasting month of Ramadan in 13 countries: results of the epidemiology of diabetes and Ramadan 1422/2001 (EPIDIAR) study. Diabetes Care 2004;27:2306-11.
2 - Babineaux SM, Toaima D, Boye KS, et al. Multi-country retrospective observational study of the management and outcomes of patients with Type 2 diabetes during Ramadan in 2010 (CREED). Diabet Med 2015;32:819-28.
3 - Bravis V, Hui E, Salih S, et al. Ramadan Education and Awareness in Diabetes (READ) programme for Muslims with Type 2 diabetes who fast during Ramadan. Diabet Med 2010;27:327-31.

Article en question : Diabetes and Ramadan: Practical Guidelines. International Diabetes Federation (IDF), in collaboration with the Diabetes and Ramadan (DAR) International Alliance. April 2016.

Lien vers l’article : http://www.idf.org/sites/default/files/IDF-DAR-Practical-Guidelines-Final-Low.pdf

Le contenu de cet article n’engage que le point de vue de ses auteurs.