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  • Docteur, je me suis trouvé un diabète !


  • Kuecuekbalaban P et al. Socio-demographic, Mise en ligne le

  • 07/12/2017


De plus en plus, il est possible de se faire un test de dépistage sans intervention d’un soignant. Sans surprise dans le trio de tête on trouve « l’autodépistage » au diabète.

Contexte

Un grand nombre de tests de dépistage est aujourd’hui disponible en libre accès, en particulier via Internet. Ces tests « d’autodépistage » répondent à une définition précise :

  • a) Ils sont réalisés sur du matériel humain (sang, urine, salive) ;
  • b) Ils peuvent être réalisés par les utilisateurs eux-mêmes ;
  • c) Ils sont faits sans aucune intervention d’un professionnel de soins quel qu’il soit.

En 2015, 513 tests de dépistage ont été identifiés concernant 52 pathologies différentes. On retrouve des tests pour des maladies chroniques (diabète, insuffisance rénale, hépatique ou pulmonaire), des maladies infectieuses (tuberculose, Helico bacter), des maladies sexuellement transmissibles (VIH, chlamydia…), des allergies (poussière, poils de chat, pollen…), cancer et 12 différents tests de détection de psychotropes.
Ces tests sont en général réalisés par les personnes dans un objectif d’avoir des informations sur leur état de santé. D’un point de vue santé public, ce type de comportement peut être considéré comme souhaitable dans une perspective de promotion de la santé et de prévention. De plus, cela renseigne sur la capacité des testeurs à être autonomes, à prendre soin d’eux-mêmes. Les autres bénéfices sont la confidentialité, la facilité de réalisation sans besoin de consulter un professionnel, cela permet aussi d’éviter « des ennuis » (maladie sexuellement transmissible). De l’autre côté, les effets néfastes ont été soulignés : faible sensibilité, faux positif source d’anxiété et de consultation inutile. De plus, les livrets d’instruction apportent peu d’information, surtout sur la marche à suivre en cas de positivité.

L'étude

L’objectif de l’étude, réalisée Allemagne, et présentée ici est d’évaluer la prévalence d’utilisation de ces tests, d’identifier ceux qui sont le plus souvent utilisés et d’explorer les associations entre l’utilisation des tests et les données socio-démographiques, les données reliées à la santé et les facteurs psychologiques des utilisateurs.
L’enquête a été réalisée par une société spécialisée dans les études en santé. L’échantillon de l’enquête est représentatif en termes d’âge, sexe et distribution géographique de la population allemande. Sur 4644 adresses postales identifiées, 2527 personnes ont répondu à un entretien présentiel. Les participants ont aussi rempli des questionnaires évaluant leur auto-efficacité, le sentiment de fatigue physique et morale, la perception de leur état de santé.
La prévalence d’utilisation des tests « d’autodépistage » dans cette population est de 8,5%. Elle est plus faible qu’au Pays Bas (16%) ou en Grande Bretagne (13%). Les tests les plus souvent réalisés sont souvent les mêmes dans ces 3 pays. Le test de dépistage du diabète est toujours en tête, suivi, en Allemagne, par la recherche de cancer du colon et d’allergie.
En comparaison avec des non utilisateurs, les utilisateurs sont plus âgés, ont un IMC plus élevé, et un niveau d’étude plus élevé. Il n’y a pas de relation significative entre réalisation de tests et sentiment d’auto-efficacité. Par contre, les utilisateurs ont un score plus élevé sur le questionnaire de fatigue physique et morale, ce qui peut expliquer le recours à un test de dépistage, à la recherche d’une cause à cette fatigue.
Même si le recours à un test « d’autodépistage » reste encore modeste, on peut penser qu’il ne va faire qu’augmenter en Allemagne, aux vues de la disponibilité de plus en plus grande de ces tests, de l’intérêt porté par les personnes à leur santé et de la démographie médicale déclinante. Ces pratiques doivent conduire à une réflexion sur la promotion de tels tests dans le cadre de campagnes de prévention, de la conduite à tenir une fois le test réalisé et positif.

Commentaires

En France, peu de données sont disponibles. L’autodépistage semble moins fréquent et concerne le plus souvent les maladies sexuellement transmissibles, plus particulièrement le VIH. Des campagnes de sensibilisation et de prévention sont faites régulièrement sur d’autres pathologies, mais elles sont le plus souvent organisées autour et avec des professionnels de santé, comme par exemple les pharmaciens.

 

Article en question :
Kuecuekbalaban P et al. Socio-demographic, health-related, and individual correlates of diagnostic self-testing by lay people: Results from a representative survey in German. Plos One – 2017,30 novembre

Lien vers l’article : https://doi.org/10.1371/journal.pone.0188653